• La bannie

     

    La bannie
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
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    Les sorcières n’ont pas en tout temps existé. Il en est de même pour la cité d’Espoir, connue sous le nom de « la Bulle ».

    Autrefois, l’humanité peuplait la Terre entière, la Vie y exerçait ses droits. C’était une ère prospère, propice aux progrès aussi bien dans le domaine médical que technique. Mais les Hommes étaient cupides, devenus plus créatures qu’humains au fil des âges. Ils voulaient toujours davantage de pouvoir. Davantage d’argent, de plaisir et de facilité. Ils aspiraient à l’immortalité, à une technologie plus à leur service. Un nombre de plus en plus conséquent d’entre eux s’y employèrent corps et âme, et en quelques années, les avancées furent fulgurantes, impressionnantes. Rares sont les personnes qui peuvent aujourd’hui en évoquer une ; plus rares encore sont celles capables de les imaginer tant les choses se sont altérées.

    La cause des changements n’est autre qu’une incroyable découverte, censée être la clef des souhaits de l’humanité : une nouvelle technologie complexe et fabuleusement puissante, à même d’accomplir des merveilles… et aussi instable que destructrice si elle n’était pas convenablement maniée. Prisonniers de leur folie, les Hommes ne s’en soucièrent pas ; ils ne virent que le profit, et créèrent leur propre perte.

    La Grande Catastrophe eut lieu en l’an 2052, lorsqu’ils se révélèrent incapables de la contrôler. Elle leur échappa et décima la majeure partie de la population et de la nature, condamnant la Vie à quitter la Terre. Chaos et panique s’abattirent sur l’humanité, réduite à l’errance au milieu des cendres et gravats, obligée de se battre pour ce qu’il restait de nourriture et matériaux.

    Parmi les survivants, plusieurs femmes se virent touchées par les radiations de cette technologie et en sortirent métamorphosées. Elles furent munies de pouvoirs extraordinaires : la magie actuelle. Elles devinrent les premières sorcières. Mères de toutes celles à venir.

    Affligées par la désolation qu’offrait leur monde, elles se réunirent et débattirent des jours durant. Puis, afin de préserver ce qui pouvait l’être, elles fabriquèrent un dôme invisible et transformèrent les débris de leurs anciennes demeures en formes de vie artificielles, fades mais capables de sauvegarder l’humanité. Elles purifièrent l’air de l’abri, puis invitèrent les survivants à les y rejoindre, loin de l’atmosphère irrespirable de l’extérieur. La cité d’Espoir fut ainsi créée ; chacun réapprit à y vivre en communauté. Par sécurité, sortir de la Bulle fut interdit – il aurait fallu le retour de la Vie, un événement que personne n’osait escompter à cause de la situation.

    Les années s’écoulèrent ; d’autres générations de sorcières virent le jour et devinrent peu à peu les dirigeantes de la cité, gardiennes au service des leurs et protectrices de leur semblant de vie. On leur bâtit un manoir, immense construction au cœur d’Espoir où chaque apprentie fut accueillie au fil des saisons et préparée à tenir son futur rôle. Une nouvelle ère était en marche.

    Depuis, les sorcières incarnent la survie et le cruel rappel que la technologie n’est pas l’amie de l’Homme. En être une assure de grands privilèges et de lourdes responsabilités. En être une vous proclame gardienne de l’humanité et de ce qu’il reste de vie sur terre…

    Lavinia dissimula un soupir derrière sa main, puis regarda autour d’elle. Ses camarades de classe, autres apprenties du manoir, avaient toutes le même âge : cinq ans. Pourtant, aucune ne bâillait, n’avait l’air de s’ennuyer ou ne fixait la fenêtre dans l’espoir de pouvoir bientôt s’échapper de la salle de cours. Toutes s’abreuvaient de l’histoire de la cité et des leurs avec une concentration inimaginable pour des enfants.

    Lavinia, elle, s’en sentait incapable. D’abord parce qu’elle connaissait les récits sur le bout des doigts. Ensuite parce qu’elle les préférait racontés par sa maman : elle savait leur donner vie et faire danser les images devant ses yeux grâce à sa magie de l’air. Plus que n’importe quelle institutrice du manoir, elle l’avait rendue fière d’être une sorcière et lui avait appris l’importance de la Bulle et de la Vie tant qu’elle manquerait sur Terre.

    La fillette s’autorisa un second soupir, rêveur pour une fois. Qu’elle avait hâte de mûrir et de sortir du manoir pour aider les Hommes ! D’épier le moindre signe du retour de la Vie – ce que chaque sorcière hormis sa mère pensait impossible. Lavinia était convaincue de pouvoir y arriver. Elle saurait trouver le moyen de leur permettre à tous de quitter la cité.

    Oui, tandis qu’elle écoutait la voix assommante de l’institutrice Arabella d’une oreille distraite, elle ne doutait pas de devenir une grande sorcière !

     

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    Les jours étaient de plus en plus froids. Le vent se montrait glacial ; il poussa Lavinia à marcher en direction du centre de la Bulle. Tout en avançant sur ses pieds nus et meurtris, elle veilla à rester dans le périmètre le moins riche de la cité – et le moins proche de son cœur et du manoir des gardiennes –, d’où elle avait été bannie l’an passé.

    Elle frissonna. Aussitôt, ses pensées s’échappèrent vers son ancien lieu de vie, son confort et sa chaleur ; un endroit idéal pour une sorcière de onze ans comme elle. Un endroit auquel elle n’avait pas accès. Elle réprima un sanglot et franchit un monticule de gravats – vestiges non nettoyés de la Grande Catastrophe. Il était trop tard pour geindre : elle n’était plus la gamine apeurée qui avait été chassée. Elle était une sorcière libre, malgré ses pouvoirs scellés et les racontars.

    Le visage de sa mère se matérialisa sous ses yeux. Morte des années avant son bannissement, elle lui manquait horriblement, encore plus que le reste. Lavinia aurait donné n’importe quoi pour l’avoir à ses côtés, pour ne pas affronter son existence seule. Elle ne doutait pas que sa mère l’aurait crue l’an dernier ; elle aurait pris le risque d’être expulsée du manoir à son tour pour l’accompagner. Hélas, il était dorénavant trop tard pour y songer ; d’un geste, la sorcière chassa ses regrets et craintes. Elle oublia ses appréhensions, les taudis devant lesquels elle passa et se concentra sur son but, qui ne la rendait pas fière : elle allait à nouveau commettre un vol. Elle tenta de se donner bonne conscience en songeant qu’elle n’avait pas le choix : si elle voulait survivre, il lui fallait un manteau chaud. Sans ses pouvoirs, elle ne pouvait pas se réchauffer avec la magie du feu ni se protéger de la pluie avec celle de l’eau.

    Lavinia dépassa les habitations les plus menues et continua sa route jusqu’au premier quartier marchand, endroit de ses derniers larcins. Là, elle se glissa devant l’échoppe du tisserand, puis se coula dans l’ouverture de la porte dès qu’un client en sortit. Le commerçant avait le dos tourné ; elle en profita donc pour se dissimuler dans un recoin, puis attendit qu’il se rende dans une seconde pièce pour le quitter. Elle devait désormais agir vite.

    Se redressant, elle scruta les modèles sur les étagères jusqu’à repérer les manteaux. Elle en attrapa ensuite un trop grand pour elle afin de le garder le plus longtemps possible. Elle soupira. Son cœur battait comme jamais ! Ne lui restait qu’à s’enfuir de l’échoppe…

    — Repose ça tout de suite, sale petite voleuse !

    Lavinia se figea, tremblante ; ses mains lâchèrent sa trouvaille, que l’homme s’empressa de récupérer. Elle crut qu’il allait la frapper pour l’avoir cambriolé, mais il se contenta d’afficher un doigt menaçant en sa direction.

    — Que je ne t’y reprenne pas ou…

    Soudain, il s’interrompit. Elle releva le menton et croisa son regard. Surprise et peur s’y mêlaient. La sorcière anticipa l’inéluctable.

    — Je sais qui tu es…

    — Non, souffla-t-elle.

    Elle baissa les yeux, serra les poings contre sa robe en lambeau. Ses jambes s’entrechoquaient.

    — La sorcière déloyale !

    — Je…

    — Sors de ma boutique. Pss, pss, la chassa-t-il avec de larges gestes de la main.

    Résignée, elle recula de quelques pas. La pensée du froid qu’il faisait dehors lui offrit un frisson, néanmoins elle n’avait pas d’autre choix.

    — Je suis désolée. Je désirais seulement me réchauffer… Je ne reviendrai pas.

    Elle pivota, puis avança vers la porte. Elle ne le vit donc pas la détailler de la tête au pied ni son regard se radoucir.

    — Attends.

    Elle se figea, incertaine. L’homme s’approcha, puis lui fourra le vêtement chaud entre les doigts.

    — Même la déloyale mérite un peu de chaleur. Tiens, mets aussi ces bottes. Tu vas attraper la mort à galoper sans rien aux pieds ! Maintenant pars, et que je ne te surprenne pas en train de chaparder dans les environs, sans quoi je préviendrai les sorcières gardiennes de ton comportement !

    — Merci. Merci beaucoup.

    C’était presque trop beau pour y croire !

    Comme la peur était toujours présente dans les yeux du marchand, Lavinia ne demanda pas son reste : elle fila. À peine eut-elle franchi la porte de l’échoppe qu’elle s’éloigna, décidée à rentrer. Ses pas furent d’abord lents, puis de plus en plus rapides tant elle craignait que le tisserand change d’avis. Elle courut un long moment, partagée entre l’allégresse que sa bonté lui avait procurée et la tristesse de ses yeux emplis de méfiance à son égard.

    Au bout de plusieurs minutes, essoufflée, elle s’effondra dans la crasse et la poussière. D’un geste, elle rabattit ses mèches sales et filasses derrière ses oreilles. Puis elle observa son environnement, la pauvreté aux alentours et les regards de dégoût des individus qui la reconnaissaient.

    La joie la quitta. Ne lui resta que des paroles. La sorcière déloyale… Elle détestait ce surnom ! Elle ne l’était pas, ne l’avait jamais été. Si seulement les siens l’avaient crue…

    Les souvenirs défilèrent dans son esprit, aussi rapides que la foudre. La curiosité qui l’avait poussée à s’éclipser du manoir à la première occasion. Son arrivée au bord des frontières de la cité. Sa certitude d’avoir aperçu un elle-ne-savait-quoi bouger au-dehors. Le courage qu’il lui avait fallu pour sortir du dôme protecteur. Son étonnement de ne pas sentir un air vicié l’empoisonner. La découverte de la Vie. Sa joie, son euphorie ! Sa course pour rentrer prévenir les sorcières.

    Puis se manifestèrent les événements qui l’avaient menée à vivre en paria. Le fait que personne ne l’ait crue. Son insistance. Sa fugue avec une amie pour lui montrer ses trouvailles. Leur échec et la punition des sorcières. Son refus de revenir sur ses propos. S’être vue accusée de souhaiter causer la perte de l’humanité. Les soupçons de sa trahison à cause d’une soi-disant envie de connaître la technologie du passé… et enfin, la sentence : son bannissement loin de tout, l’incapacité de changer les choses, de prouver ce qu’elle avançait.

    L’annonce qui l’avait peu après proclamée sorcière déloyale avait parcouru la cité. Malgré ses efforts, personne n’avait accordé du crédit à son histoire. À bien y réfléchir, le cadeau du marchand était le premier geste de bonté qu’elle recevait depuis qu’elle avait été chassée du manoir.

    Submergée par ses émotions, Lavinia fondit en larmes et serra le manteau contre son petit corps malingre.

    — Je ne suis pas déloyale… Je ne le suis pas.

     

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    Jérôme Calbert profita du calme de la fin de journée pour passer un coup de balai dans son échoppe ; son unique client n’en était pas vraiment un, et ce serait ça en moins à faire au moment de fermer sa boutique. Le froid mordant des derniers jours lui avait apporté un surplus d’acquéreurs – et même une voleuse ! –, ce qui incluait un grand amas de poussières.

    La plupart des habitants désiraient de quoi se vêtir chaudement. Néanmoins, son chiffre d’affaires n’avait pas de quoi lui donner le sourire. Les temps étaient durs aussi loin du cœur de la cité. Seuls les manteaux et tissus de moindre qualité étaient partis. Jérôme soupira : au moins n’avait-il aucune famille à nourrir.

    — Quel courage ! se moqua Neil, son voisin de longue date. La journée a été difficile ?

    — Comme si tu ne le savais pas.

    L’homme retint un rictus. Il avait en effet passé plus de la moitié du jour à lui tenir compagnie et n’avait rien manqué de ses allers-retours entre le comptoir et les gens.

    — Souris, mon vieux. M’est avis que tu n’auras pas de nouveaux clients d’ici la fermeture, vu l’heure.

    — Sans doute. Quoique là, je ne cracherais pas sur un dernier acheteur, surtout s’il désire le meilleur.

    — Tu rêves !

    — Bien trop. Tiens : n’existait-il pas un adage avant la Grande Catastrophe à ce propos ? « L’espoir fait vivre » ?

    — Ça n’a pas trop réussi à nos ancêtres…

    Le bruit d’une clochette les interrompit. Les deux hommes se retournèrent vers sa source : la porte d’entrée, qu’on venait d’entrebâiller. Dès que Jérôme reconnut les traits de la petite voleuse, emmitouflée dans le manteau qu’il lui avait cédé la veille, il ouvrit la bouche, prêt à protester. La déloyale n’avait rien à faire ici ! Il pensait s’être montré assez clair.

    Que songeraient ses clients s’ils la surprenaient chez lui ? C’était un coup à fermer boutique ! Ne connaissait-elle aucune autre échoppe à piller ? N’avait-elle pas fait assez de tort dans la Bulle ?

    Il n’eut toutefois pas le loisir de dire un seul mot. Plus rapide, elle s’excusa :

    — Je vous avais promis de ne pas revenir. Mais je tenais à vous offrir ceci pour vous remercier.

    Alors, le marchand avisa qu’elle n’avait pas les mains vides : elle portait un vieil arrosoir cabossé. Improvisé en pot de fleurs, une seule plante s’en échappait. Il n’avait pas le souvenir de l’avoir déjà vu dans la cité – les sorcières du manoir se préoccupaient plus des aliments artificiels que de créer des décorations florales, leur survie à tous en dépendait. Petite, ses pétales bleus tiraient sur le mauve ; son cœur, quant à lui, était de couleur jaune avec un point noir en son centre.

    Intrigué, Jérôme ne réagit pas quand la déloyale fit mine de s’avancer vers le comptoir. Elle y posa son cadeau, puis déclara :

    — Elle est réelle, même si vous ne me croirez pas. Encore merci pour votre générosité, je ne l’oublierai pas.

    Sans attendre de réponse, elle décampa de son magasin, le laissant aussi perplexe que Neil. Durant plusieurs secondes, il la regarda s’éloigner dans la rue. Puis il se décida à inspecter son présent.

    Il effleura la fleur du bout des doigts, la renifla. Il ne pouvait nier qu’elle avait l’air plus vraie que nature : elle avait un je-ne-sais-quoi que les légumes artificiels qu’il avait l’habitude de consommer – pourtant très réalistes – ne possédaient pas. Malgré tout, ce que la voleuse avançait était impossible : la végétation avait été détruite lors de la Grande Catastrophe, entièrement. Il ne pouvait pas s’agir d’une véritable fleur.

    — C’était bien qui je suppose ? lui demanda Neil.

    D’un geste machinal, il acquiesça. Subjugué par ses observations, il n’aperçut pas le frémissement de dégoût de son voisin.

    — Tu ferais mieux de la jeter. Qui sait ce qu’elle mijote : avec la déloyale, on peut s’attendre à tout ! J’ignore pourquoi elle est venue t’apporter un vieil arrosoir, mais il n’en résultera rien de bon, crois-moi et…

    — C’est possible d’après toi ?

    Surpris, Neil mit quelques secondes à répondre.

    — Quoi ?

    — Que ce soit une plante non artificielle, qu’elle ait dit la vérité ?

    — Ne raconte pas n’importe quoi ! Tu n’ignores pas pourquoi elle a été bannie. La déloyale a une araignée au plafond, je te l’assure. Et tu dois être plus que fatigué pour accorder du crédit à ses sornettes. Il est grand temps que tu ailles te coucher. N’y songe pas, va. Jette cette aberration et oublie sa venue.

    Une fois encore, sans quitter la fleur des yeux, Jérôme opina. Oui, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire…

    Néanmoins, les heures filèrent sans qu’il puisse arrêter d’y réfléchir ni se détendre. Incapable de dormir, il ne cessait de scruter l’arrosoir et son unique fleur – qu’il avait contre tout bon sens ramenée chez lui. Les paroles de la sorcière l’obnubilaient. Elle lui avait paru si sincère ! Était-il possible qu’elle dise vrai ? Il n’était pas apte à le déterminer avec exactitude et ça le rongeait. Il fallait qu’il sache.

    Quand il devint évident qu’il ne trouverait pas le sommeil dans un tel état, Jérôme se fit une promesse : il localiserait la gamine, peu importe l’endroit où elle se terrait. Et dès qu’il lui aurait mis la main dessus, il la forcerait à lui montrer où elle avait déniché la plante !

     

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    Lavinia franchit le dôme et pénétra dans les quartiers pauvres de la cité. Elle était prête à y déambuler un temps, à la découverte de choses et d’autres – la sorcière ne savait jamais ce qu’elle cherchait avant de le trouver.

    Elle se demanda pourquoi elle continuait de venir à Espoir. Elle s’était construit une nouvelle vie à l’extérieur ; une vie austère et dure qui malgré tout lui convenait. Mais elle ne pouvait pas résister à l’appel de la Bulle. Il fallait qu’elle la regagne, comme si une année entière comme paria ne lui avait pas encore prouvé que les habitants ne changeraient pas d’avis à son propos : tant que les gardiennes ne leur auraient pas certifié que la Vie revenait, ils n’y croiraient pas, et chaque personne qui prétendrait le contraire se verrait mise au ban de la société.

    Prise dans ses pensées, elle trébucha sur un caillou et manqua tomber. Elle ne se rattrapa que de justesse, puis se gourmanda : elle devait rester concentrée, d’autant plus ici où tout un chacun risquait de la reconnaître et de s’attaquer à elle. Lavinia se remit donc en route, ses sens en alerte.

    Un mouvement attira soudain son attention : on se déplaçait dans sa direction. Elle se figea, parée à s’enfuir, lorsqu’elle identifia l’individu : le tisserand de la boutique. Que faisait-il si loin de son échoppe ? Incertaine, elle le laissa approcher, puis attendit qu’il esquisse un geste. Un pressentiment lui affirmait qu’il était là pour elle.

    — Salut, dit-il maladroitement.

    — Bonjour, rétorqua-t-elle sur le même ton.

    Un silence prit place entre eux, qu’il rompit avec une difficulté apparente :

    — Le… hmm… le manteau te tient au chaud ?

    — Oui, merci.

    — J-je te cherchais, en réalité.

    Étonnée, Lavinia ne put répondre. Que lui voulait-il ?

    — La fleur. D’où vient-elle ?

    Elle en resta coite. Était-il possible qu’il hésite, lui accorde le bénéfice du doute ? Non. C’était trop beau. Trop beau oui, et pourtant, elle lui répliqua :

    — De l’extérieur.

    — L’extérieur de chez toi ?

    La question n’était là que pour la forme, elle le comprit aisément.

    — De la Bulle.

    — Impossible.

    — Pourquoi me le demander si vous en êtes si sûr ?

    L’homme esquissa un sourire.

    — Touché. Tu veux bien m’en apprendre un peu plus ?

    La sorcière acquiesça, puis observa les alentours.

    — Suivez-moi. Vous aurez des ennuis si on vous voit parler avec « la sorcière déloyale ».

    Il hocha la tête et la talonna.

    Elle l’entraîna dans des ruelles petites et étroites jusqu’à arriver dans une vieille cour abandonnée.

    — Personne ne vient jamais ici, expliqua-t-elle.

    Derechef, il opina.

    — Je m’appelle Jérôme.

    — Lavinia. Que souhaitez-vous savoir ?

    — Où as-tu déniché la fleur ?

    — Dehors, pas très loin de là où je me suis installée – je n’habite pas dans la cité. Il y en a beaucoup dans les endroits où il n’y a pas trop de débris. Plus on s’écarte des restes de l’ancienne civilisation, plus on en découvre.

    Si le marchand eut l’air surpris, il n’émit aucune objection et l’encouragea à poursuivre d’un geste.

    — La Vie revient. Ça se remarque surtout au niveau des végétaux. J’ai aussi déniché des racines comestibles et des champignons. Ils sont meilleurs que la nourriture qu’il y a dans la Bulle. J’ai déjà aperçu des petits animaux parfois, mais c’est plus rare.

    — Des animaux ? La Vie ? Tu en es sûre ?

    Elle confirma. Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine, tant elle craignait de découvrir qu’il se jouait d’elle ou feignait son intérêt.

    — Je les ai vus.

    — C’est… c’est impossible ! Les sorcières nous l’auraient dit.

    — Les gardiennes ne quittent pas le cœur de la cité et n’attendent plus de preuves. Elles s’activent à faire fonctionner cet endroit et ont oublié le vœu de leur prédécessrices. Elles ne m’ont pas crue après ma première sortie.

    Lavinia fixa l’adulte et scruta chacun de ses traits avec attention. Elle voulait juger sa réaction. Toutes les personnes à qui elle avait parlé de sa première escapade l’avaient dénigrée. Certains avaient même argué qu’elle n’avait pas franchi les limites de la Bulle, mais attaqué le manoir. Son propre foyer ! D’autres encore avaient avancé qu’elle n’était pas comme les siennes, que la technologie d’antan coulait dans ses veines, l’avilissant, pervertissant son âme.

    Un beau ramassis de fadaises. Aussi fut-elle agréablement surprise de ne lire que de l’étonnement sur son visage. Jérôme ne rejetait pas ses paroles en bloc.

    — Il fait froid ici. Et si on allait à la boutique pour que tu m’en apprennes plus ?

    Elle jura avoir rêvé pareils propos.

    — Vous me croyez ?

    — Je n’en sais rien.

    La franchise de sa réponse lui plut. Ce fut sans doute ça qui la décida.

    — Je vous suis. Quand nous serons au chaud, je vous révélerai mon expérience au-dehors.

    — Nous avons un accord, alors ? l’interrogea-t-il en lui tendant une paume ouverte.

    Dans son regard, Lavinia entrevit une étincelle qui la poussa à lui accorder toute sa confiance : l’espoir. Cette fois, elle avait peut-être trouvé un allié. Elle lui offrit donc sa main à son tour et serra la sienne.

    Le marchand se pencha vers elle.

    — Cette odeur… ?

    Elle sourit, puis tira sur une cordelette accrochée à son cou pour remonter une petite bourse de sous son manteau.

    — De la ciboulette. On en mangeait avant la Grande Catastrophe.

    — Tu l’as récoltée dehors ?

    — C’était ma première rencontre avec une preuve d’un retour de la Vie sur Terre ! s’enthousiasma-t-elle. Quand… quand les sorcières m’ont bannie du manoir et du cœur d’Espoir, j’ai décidé d’aller en cueillir quelques brins et de les porter en parfum afin de me souvenir que je n’ai pas rêvé et que mon sort ne m’empêche pas de croire en une nouvelle ère pour l’humanité.

    Confier ceci était étrange, surréaliste. La sorcière s’était pourtant persuadée qu’elle ne pourrait jamais en parler à quiconque. Ne sachant pas qu’en penser, elle attendit la réponse du tisserand. Contre toute attente, il ne commenta pas sa révélation. Il la gratifia d’un sourire. Puis, d’une voix calme, il déclara :

    — Je sens que tu as plus de choses à raconter qu’il n’y paraît.

    Elle acquiesça.

     

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    Jérôme retourna le panneau de la porte d’entrée de son échoppe pour qu’il affiche fermé, satisfait par sa journée de travail. La veille, la météo avait été particulièrement froide – glaciale – si bien que de nombreux habitants s’étaient rués chez lui pour acheter manteaux et vêtements chauds.

    Pourtant, ce n’était pas ce qui le réjouissait le plus. Non, ce qui l’enthousiasmait était la conviction que la petite Lavinia viendrait, comme presque chaque jour depuis deux semaines, l’entretenir de ses découvertes à l’extérieur de la Bulle.

    Le marchand avait mis un certain temps à accepter qu’elle puisse dire la vérité – et il lui arrivait encore de douter. Toutefois, il avait dû se rendre à l’évidence : à son âge, même une imagination fertile ne suffisait pas à expliquer ses propos. Les gardiennes l’avaient jugée trop hâtivement – et à tort –, il en était certain. Sans doute parce qu’elles craignaient de voir la sécurité de leur abri s’effondrer.

    Il avait essayé de persuader la sorcière de retourner au manoir, d’y apporter les preuves qu’elle lui avait amenées. Hélas, elle n’avait rien voulu entendre, sûre que cela ne changerait rien, que ça empirerait son sort.

    Jérôme soupira. Au moins lui permettait-il de ne pas mourir de froid et de profiter du confort de sa boutique pendant une heure ou deux. Oh, il avait souhaité l’héberger ! Mais Lavinia avait refusé, et elle rechignait à venir chez lui en dehors des heures creuses. Elle appréhendait de lui attirer le moindre ennui, et il mentirait en affirmant que l’attention ne le touchait pas.

    Qu’il s’en voulait, désormais, de sa brusquerie première, de l’avoir jugée sur son nom sans d’abord chercher à en savoir davantage ! Qu’à cela ne tienne : il comptait se rattraper en l’aidant de son mieux.

    Du coin de l’œil, il l’aperçut au travers de la fenêtre. Il sourit, puis alla lui ouvrir.

    Comme à chacune de leurs rencontres, la sorcière tenait un petit rien entre ses mains.

    — Que m’apportes-tu de beau aujourd’hui, Lavinia ? La questionna-t-il en guise de bonjour.

    — Un fruit sec. Goûtez-le, il est très bon.

    Jérôme s’exécuta aussitôt et apprécia la saveur de l’aliment. Il en soupira d’aise. Il vendrait tout un royaume pour manger plus régulièrement de la vraie nourriture !

    — Alors, de quoi vas-tu me parler ?

    — D’un tas de choses. Mais… je peux avoir une boisson chaude ?

    Le tisserand eut un regard doux : c’était la première fois qu’elle osait le lui demander avant qu’il le lui propose. Elle se détendait enfin en sa compagnie. Lui accordait sa confiance. Un simple constat qui lui réchauffa le cœur.

    Il acquiesça et l’invita à s’asseoir le temps qu’il lui en prépare une. Puis il la rejoignit et, durant un moment qui leur parut trop court, il l’écouta l’entretenir de l’extérieur. Au fur et à mesure que la sorcière palabrait, il s’interrogeait : comment pouvait-il encore avoir le moindre doute à son égard ?

    — Ça doit être fabuleux, murmura-t-il, plus pour lui-même qu’à son attention.

    — Vous le sauriez si vous acceptiez de venir voir, le taquina-t-elle.

    Elle le lui avait déjà proposé. Souvent. Jérôme avait toujours refusé. Si elle s’en était au départ attristée, il avait conscience que, maintenant, elle s’en amusait et comprenait. Lavinia devinait ce qui le freinait : la peur. Autant de se retrouver dans un air jugé vicié que d’entrer dans les mauvaises grâces des sorcières du manoir, les gardiennes qu’il avait chaque jour vénérées.

    Aujourd’hui pourtant, l’envie et l’amitié qu’il éprouvait pour elle gagnèrent la bataille ; elles l’aidèrent à surpasser cet état. Le marchand se sentit plus sûr de lui que d’ordinaire.

    — Tu as raison, oui. Quand y allons-nous ?

    Il discerna pleinement la surprise sur son visage et s’en délecta. Elle se transforma en joie et, comme si elle craignait qu’il ne change d’avis, elle se leva, puis le supplia de le suivre sur-le-champ.

    Ils déambulèrent dans les rues des quartiers pauvres, se dissimulant à la vue des rares habitants encore dehors et riant sous cape ; lui de l’expérience qu’il s’apprêtait à vivre, elle du bonheur de ne plus être seule.

    Jérôme n’ignorait pas qu’elle haïssait cet aspect de sa nouvelle vie : la solitude ; être l’unique être à savoir, à oser s’aventurer hors du dôme, ne pas pouvoir partager ses découvertes et expériences avec autrui. Combinée au mépris des citoyens de la Bulle, cela avait de quoi rendre dingue n’importe qui. Mais pas son amie qui, malgré son jeune âge, était plus forte qu’on ne le soupçonnait de prime abord.

    Dès qu’ils arrivèrent à la frontière de la cité, elle ralentit. Le tisserand l’en remercia intérieurement, puis se figea, interdit. Il ne parvenait pas à croire qu’il allait le faire, qu’il allait sortir, respirer un air qui n’était pas artificiel, et voir des végétaux d’avant la Grande Catastrophe, et regarder la Vie reprendre ses droits.

    L’appréhension revint le chatouiller, côtoyée par l’excitation. Pendant plusieurs secondes, il resta tétanisé et hésita à franchir le pas décisif.

    Lavinia perçut son trouble. Calme, elle attrapa sa main dans la sienne et la serra.

    — Ensemble ? proposa-t-elle.

    Il acquiesça, puis ils dépassèrent la barrière.

    Quand l’oxygène vint à lui manquer, Jérôme réalisa qu’il retenait sa respiration. Il la relâcha et s’émerveilla de sentir l’air pénétrer dans ses poumons. Ainsi, tout était vrai. C’était prodigieux. Fantastique. Il en eut la larme à l’œil.

    La sorcière, qui n’avait pas lâché sa paume, l’entraîna quelques mètres plus loin, puis lui désigna le sol.

    Des fleurs.

    Il y avait des fleurs entre les débris. Il était impossible de les voir de l’intérieur de la cité tant les gravats s’entassaient autour du dôme. Néanmoins, elles étaient bel et bien là.

    — Merci, souffla-t-il.

    — Merci à vous… de m’avoir accordé une chance.

    Il lui sourit, plus ému qu’il ne pourrait le dire.

    — Tu veux venir visiter ma « maison » ? Elle n’est pas très jolie, j’ai dû tout construire. Elle n’est pas parfaite, mais je l’aime beaucoup.

    À contrecœur, Jérôme refusa. C’était trop d’un coup ; il n’en avait pas la force. Se tenir là était déjà incroyable, voire inimaginable.

    Par chance, elle le comprit aisément et n’insista pas. À la place, elle lui montra ce qu’il y avait à voir dans les alentours, s’amusa de son émerveillement et profita de sa compagnie. Il se plut tant à découvrir l’extérieur qu’il ne remarqua pas les heures passer. Il ne la quitta qu’à regret, après lui avoir promis de la rejoindre au même endroit le lendemain soir.

    Lorsqu’il franchit le dôme de la cité en sens inverse, le marchand devina qu’il ne pourrait plus vivre sereinement à Espoir, pas en sachant qu’il était dorénavant possible pour lui et les siens de repeupler la Terre, d’être les témoins d’une aube nouvelle.

    Sûr de cette conviction, il décida qu’il était temps que les choses changent.

     

    ⁎⁎⁎

     

    Le ciel était couvert ; plus les minutes s’égrenaient, et plus les nuages devenaient noirs et menaçants. Le vent soufflait et emportait avec lui une odeur étrange, semblable à la promesse d’un orage proche. Rien ne laissait présager un revirement de situation.

    Malgré les nombreuses fois où elle avait manqué trébucher, Lavinia ne pouvait pas détacher son regard des cieux. Elle ne le contrôlait pas : il fallait qu’elle observe les cumulus, qu’elle s’assure qu’il ne pleuvrait pas. Elle se surprenait à prier pour que cela n’arrive pas – une habitude que l’humanité avait perdue avec la Grande Catastrophe.

    Le temps devait rester sec. La sorcière ne souhaitait pas rater son rendez-vous avec Jérôme, que la pluie pourrait empêcher de venir – elle n’était pas certaine qu’il soit prêt à la suivre chez elle si elle se manifestait.

    Elle n’en revenait toujours pas qu’il soit sorti de la Bulle avec elle ; la veille avait probablement été sa plus belle journée depuis son bannissement. Lavinia se faisait une joie de lui montrer les preuves du retour de la Vie qu’elle avait pu trouver !

    D’une démarche guillerette, elle déambula en direction du dôme, impatiente. Elle n’avait aucune idée de l’heure. Cependant, elle n’était pas en retard – elle ne l’avait jamais été lors de leurs entrevues. De toute façon, le tisserand serait là avant elle : il aimait mieux arriver trop tôt plutôt que trop tard. À cette pensée, la sorcière pressa le pas.

    Les limites de la cité lui apparurent sans lui montrer de traces de son ami. Elle ne se découragea pas et marcha jusqu’à un rocher haut et plat. Elle s’y assit, puis attendit. Jérôme ne traînerait plus, elle n’en doutait pas.

    Les minutes s’égrenèrent sans lui donner des nouvelles de l’homme, et elle en vint à craindre qu’il ne la rejoigne pas. Et s’il avait changé d’avis ? Et s’il avait réalisé qu’il préférait la sécurité que lui apportaient la cité et les gardiennes aux découvertes qu’elle lui offrait ? Durant un moment qui lui parut interminable, la sorcière se rongea les sangs, mais enfin Jérôme apparut d’une démarche claudicante.

    Elle se précipita vers lui, inquiète, lorsqu’un cri lui échappa. Son visage ! Qu’était-il arrivé à son visage ?! Le pourtour de son œil gauche était noir, et sa paupière si gonflée qu’il lui était presque impossible d’apercevoir sa pupille. Sa lèvre fendue avait doublé de volume quand son nez se voyait étrangement tordu. Un coup bleu sur sa tempe commençait à virer au mauve –  et au vu de son maintien, le marchand devait en avoir d’autres sur le corps.

    — Que s’est-il passé ?

    — Ça va, la rassura-t-il, ça va. Plus de peur que de mal, je m’en remettrai.

    Elle grimaça. Si seulement elle possédait encore ses pouvoirs pour pouvoir le guérir avec la magie de la terre ! – l’élément qu’elle maîtrisait le mieux, autrefois.

    — Qui vous a fait ça ?

    — C’est ma faute. J’ai commis une erreur.

    Avec douceur, elle l’aida à rejoindre le rocher où elle se tenait plusieurs secondes auparavant, puis l’obligea à s’y asseoir.

    — Il faut vous soigner ! Êtes-vous allé chez les gardiennes ?

    Il secoua la tête.

    — Je me suis occupé de mes blessures chez moi afin qu’elles ne s’infectent pas. Je n’ai plus qu’à patienter. Ça va aller, rassure-toi.

    Même si elle n’en était pas aussi sûre que lui, Lavinia acquiesça. C’était la réaction qu’il attendait, qu’il souhaitait, elle le voyait bien.

    — Que s’est-il passé ? lui demanda-t-elle derechef.

    Jérôme souffla, puis avoua :

    — J’étais tellement excité par ce que j’ai aperçu hier que je n’ai pas réussi à me taire. J’en ai parlé autour de moi. J’ai essayé de convaincre les gens de me suivre pour que nous puissions aller trouver ensemble les gardiennes et découvrir le monde.

    Elle se mordit la joue, devinant les conséquences.

    — Comme tu peux le constater, mes propos n’ont pas été bien accueillis…

    — Jérôme…

    — Je désirais tant que ça se déroule au mieux. Je me suis dit qu’ils comprendraient, qu’ils accepteraient et que tu ne serais plus « la déloyale ». Je voulais t’aider et…

    — Vous n’auriez pas dû. Ils s’en sont pris à vous à cause de moi !

    — Non ! la détrompa-t-il. Non, je t’interdis de croire ça. Ils s’en sont pris à moi parce que j’ai été trop naïf. J’ai été trop vite. Ils ne sont pas prêts. Ils songent encore à la Grande Catastrophe. Tous. Nous évoluons dans sa peur depuis toujours. On ne change pas les choses du jour au lendemain.

    — Ils vont être impitoyables…

    — Je ne crois pas…

    Elle tenta de savoir ce qu’il entendait par là, toutefois il éluda sa question.

    — Il faut être patient, ma petite Lavinia. Comme tu l’as été avec moi. Les êtres humains sont curieux. Il arrivera un jour où nous intriguerons quelqu’un, où nous lui raconterons ce que nous avons vu. Et il sortira de la Bulle lui aussi. Puis il en parlera, peut-être de façon plus sage que moi. Un par un, voilà comment nous devons convaincre les autres. Nous ne devons pas chercher à les persuader de force. Nous devons attendre qu’ils soient prêts. C’est ainsi et seulement ainsi que le changement s’opérera. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, mais nous ne devons pas précipiter la bataille.

    La sorcière acquiesça. Il avait raison, elle le pressentait. Ses propos trouvaient écho dans son âme. Ils résonnaient en elle telle une vérité. Oui, ils pouvaient aider les habitants. Il leur suffisait d’être patients et ouverts aux personnes qui le seraient envers eux. Le reste et la façon dont ils entendaient gérer le secret qui les unissait n’appartenait qu’à eux.

    — Alors… que fait-on, maintenant ?

    Jérôme lui sourit. Puis, d’un geste, il pointa l’horizon au large d’Espoir.

    — Que dirais-tu de rentrer à la maison ?

     


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