• La mélodie des bois

     

    La mélodie des bois
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
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    Illustration : © Lunastrelle

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    Comme à son habitude, Alex prit la route menant au bois lorsqu’il quitta son lieu de travail. Marcher lui faisait toujours du bien. L’air frais encore plus. Sa promenade quotidienne lui permettait d’oublier sa journée de travail et tous ses problèmes. Il aimait se ressourcer au milieu des arbres, bien au calme.

    De plus, c’était souvent en pleine nature qu’il trouvait l’inspiration nécessaire pour composer de nouvelles chansons. Chansons qu’il irait ensuite jouer et chanter chaque samedi soir au café du haut de sa rue.

    Depuis son adolescence, le presque trentenaire entretenait le rêve un peu fou de pouvoir vivre de sa musique. Les notes avaient toujours rythmé son existence, du plus loin qu’il fût capable de s’en souvenir. Elles avaient embelli ses moments de joie, l’avaient réconforté lorsqu’il était au plus bas, et malgré les coups durs de la vie, il n’avait jamais cessé de croire en son ambition.

    Enfin, il atteignit l’orée du bois. Prenant le chemin habituel, Alex arriva bientôt près d’un ruisseau. Il lui suffit de le longer pendant quelques mètres pour retrouver le rocher où il adorait s’asseoir. Là-bas, il put sortir un bloc de feuilles de son attaché-case et s’atteler à l’écriture de sa prochaine chanson.

    Il savait que rien ni personne ne viendrait le déranger ici. S’il le désirait, il pouvait oublier le temps et partir loin, dans des contrées que seule son imagination connaissait. Souvent, il lui arrivait de se faire surprendre par la tombée de la nuit. Il devait alors rentrer chez lui à regret pour être sûr d’avoir assez d’heures de sommeil et d’être en forme pour une nouvelle journée de travail.

    S’imprégnant toujours un peu plus de la quiétude que lui offrait la nature, l’homme posa la pointe de son crayon sur le papier et composa. C’était un très bon jour, les mots s’enchaînaient dans sa tête et coulaient sur sa feuille aussi simplement que des gouttes de pluie ruissellent sur une fenêtre.

    Pendant presque une heure, Alex écrivit, entendant déjà la mélodie produite dans son esprit, quand soudain, quelque chose parvint à le tirer de son monde et à le ramener sur terre. Et pas n’importe quoi : un chant. Un chant si pur et si harmonieux qu’il en eut des frissons. Jamais il n’avait ouï une voix aussi douce !

    Tout son être n’aspirait plus qu’à une seule chose : courir vers la femme à qui elle appartenait pour lui demander de ne plus jamais arrêter de chanter. Son cœur vibrait de plaisir depuis que cette mélodie retentissait parmi les arbres.

    Envahi par un bonheur paisible, Alex reposa son crayon et, fermant les paupières, se laissa bercer, découvrant des contrées encore plus belles que toutes celles qu’il avait déjà visitées par le passé. Il avait le sentiment qu’il pouvait rester assis là toute sa vie, à écouter cet air enivrant. Air qui avait un pouvoir, il le pressentait au fond de lui : il était capable de lui faire oublier toutes les souffrances de son existence.

    Mais tout à coup, la musique s’éloigna.

    « Non ! », songea-t-il avec affolement, ouvrant brusquement les yeux.

    D’un bond, il fut debout, tous ses sens en alerte. Il ne voulait pas perdre la trace de cette voix, elle lui avait apporté plus de joie qu’il n’avait jamais pu en éprouver. Il devait impérativement savoir qui était la jeune femme qui chantait aussi divinement bien. Plus rien d’autre n’avait désormais d’importance.

    Essayant de repérer la direction dans laquelle la mélodie s’éloignait, il s’y précipita, oubliant même ses affaires et compositions. Qui que fût cette inconnue, il devait la rencontrer !

    Le chant s’écartait toujours plus, le désespérant. Il sentait au plus profond de lui que sa vie n’aurait plus d’intérêt s’il ne parvenait pas à rejoindre sa propriétaire.

    « Je dois la retrouver, il le faut », pensa-t-il.

    Comme envoûté, possédé par cette voix enchanteresse, il se mit à courir. Il ne pouvait pas la laisser partir. Il ne pouvait pas la perdre ! Cela le rendrait fou, il n’en doutait pas.

    Chaque fois qu’il avait l’impression de la rattraper, elle s’éloignait à nouveau, dans une direction différente. Alex avait le sentiment de tourner en rond, mais il se refusait à abandonner.

    Enfin, il entendit la mélodie de plus en plus distinctement. Il se rapprochait ! « Elle est toute proche, je le sens », se réjouit-il, presque euphorique.

    Juste devant lui s’étendait une clairière. La voix semblait en provenir, mais l’homme n’y voyait personne. Se pouvait-il que sa mystérieuse chanteuse se trouve de l’autre côté de la trouée, à l’abri des arbres ? Alex l’espéra.

    Aussi avança-t-il, mais à peine eut-il posé un pied dans la clairière que toute magie cessa ! Le bois retrouva son calme ambiant. Jamais le musicien ne l’avait encore trouvé si triste. Toute joie s’en était envolée, ne lui laissant qu’un souvenir de béatitude douloureux.

    Il n’avait pas réussi à rattraper l’envoûtante chanteuse…

    Sentant quelque chose se briser en lui, l’homme resta immobile, les bras ballants le long du corps. « Que vais-je faire, maintenant ? », ne cessait-il de se demander. La mélodie lui avait même fait oublier ce pour quoi il s’était rendu en pleine nature…

    Sans qu’il ne s’y attende, deux mains surgirent de derrière son dos et vinrent se poser devant ses yeux. Deux mains très fines et douces. Le cœur battant à tout rompre, Alex n’osa bouger ou dire quoi que ce soit.

    « Est-ce Elle ? », se demanda-t-il.

    ‒ Qui es-tu, étranger, pour suivre une fée et entrer dans son repère ? l’interrogea une femme.

    II n’avait plus aucun doute, c’était bien Elle. Même lorsqu’elle parlait, elle donnait l’impression de chanter. Une fée ! C’était une fée… Il n’en revenait pas, mais il aurait dû le deviner. Seule une fée pouvait avoir une voix si belle et chantante.

    ‒ … Alex, balbutia-t-il. Je… je m’appelle Alex.

    ‒ Eh bien, Alex, sifflota-t-elle, puis-je savoir pourquoi tu me suivais ainsi ?

    ‒ Pour vous écouter chanter, avoua-t-il sans honte.

    ‒ Tu perçois ma mélodie ? s’étonna-t-elle.

    ‒ Je n’avais encore rien entendu d’aussi beau.

    Pendant un instant, la fée ne dit plus rien. S’il n’y avait eu ses mains sur son visage, l’homme aurait juré qu’elle était partie.

    ‒ Seul un cœur pur peut nous entendre chanter, dit-elle finalement. Tu dois être quelqu’un de spécial, Alex.

    Son nom venait d’être chanté et cela lui suffit pour frissonner de plaisir. « Cette voix… », songea-t-il.

    ‒ Aimerais-tu que je chante pour toi ? poursuivit-elle.

    Il n’hésita pas.

    ‒ Oui.

    ‒ Bien, susurra-t-elle.

    Et Alex sentit au fond de lui qu’elle souriait.

    ‒ Mais je dois te prévenir, ajouta-t-elle, ne cherche jamais à m’apercevoir, car si tel était le cas, tu deviendrais à jamais mon prisonnier au royaume des fées. M’as-tu bien comprise ?

    Il hocha la tête et s’exécuta, sentant ses paupières frôler les paumes de la créature enchanteresse. Il était prêt à tout pour l’entendre chanter. Il n’avait pas besoin de la voir pour deviner qu’elle était plus que jolie. Il le savait, tout simplement.

    Alors, la belle dame le relâcha et se remit à chanter. Alex retrouva le bonheur qui l’avait rendu si fou un peu plus tôt. À nouveau transporté, les yeux toujours fermés, il se laissa bercer par la mélodie et se surprit à virevolter. Il ne dansait pourtant jamais, mais c’était plus fort que lui. Cet air n’était pas un simple air, il le faisait voyager !

    Alex entendit la fée se déplacer à ses côtés et devina qu’elle dansait aussi, vivant sa musique. Ne pensant plus à rien, il se laissa emporter. Il tournoya avec de plus en plus d’entrain. Sans qu’il sache comment, la fée se retrouva tout à coup dans ses bras, virevoltant avec lui. Il se dégageait d’elle une agréable odeur de fleurs et de miel. Alex avait du mal à se retenir d’ouvrir les yeux. Il avait envie de la regarder, mais il prenait sur lui. Il ne voulait pour rien au monde faire cesser la magie du moment ni voir cette mélodie prendre fin.

    La musique les emportait toujours plus loin, semblant plus belle à chaque nouvelle note de la fée. Celle dernière l’entraîna dans une danse de plus en plus folle et enivrante. Alex avait l’impression que ses pieds ne touchaient même plus le sol.

    Et au bout d’un moment, il craqua. Il devait la voir, car il savait au fond de lui qu’il ne pourrait pas vivre sans elle.

    Alors, il ouvrit les yeux…

     

    Aucun humain ne revit plus jamais le jeune homme, mais on raconte que parfois, si on s’enfonce un peu dans les bois, il n’est pas impossible d’entendre deux voix chanter leur bonheur…

     

    La mélodie des bois

     

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  • Commentaires

    1
    Yon
    Mercredi 20 Janvier 2016 à 12:14

    C'est meugnon!

    Je crois que la meilleure chose que je puisse te dire est la suivante:

    Je ne lis pas habituellement ce genre d'histoires, je ne vais pas vers ce genre de textes de moi même, ce n'est pas mon truc. Mais j'aime tellement ton écriture que je reviens à chaque fois. 

      • Mercredi 20 Janvier 2016 à 18:26

        Merci beaucoup ! Ces mots me vont droit au cœur ! 

    2
    Mercredi 20 Janvier 2016 à 20:41

    Une jolie histoire avec une écriture agréable, mais j'ai trouvé dommage que certains passages ne soient pas plus développés, notamment lorsqu'Alex entend la voix puis la suit, afin de donner une ambiance plus magique à l'histoire.

    Mais c'est une découverte sympathique pour le premier article que je lis sur ce blog :)

      • Jeudi 21 Janvier 2016 à 20:20

        Merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire et de l'avoir commentée smile

    3
    Neliia
    Mercredi 20 Janvier 2016 à 21:10

    Une histoire fort sympathique, que je ne me lasse pas de lire malgré le fait que je l'ai déjà corrigée et lue :) Je les trouve tellement touchant tous les deux. Et je l'imagine très bien, complètement fou de ne pas savoir s'il va réussir à la retrouver ou non !

    Franchement, cette légèreté et cette fraîcheur des fées se retrouvent dans tes histoires et dans ta façon d'écrire et j'adore. :D

    4
    Louarg
    Samedi 23 Janvier 2016 à 16:18

    Une très jolie histoire de cœur et de chœur ! Ton style d'écriture est très fluide, la nouvelle se dévore en un rien de temps ! ;)

      • Samedi 23 Janvier 2016 à 19:24

        Merci beaucoup ! Tes mots me font très plaisir biggrin

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