• Le frémissement des feuilles

     

    Le frémissement des feuilles
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
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    Elle ouvrit les yeux. Sa vision, d’abord trouble, s’améliora pour lui laisser constater qu’elle était étendue au pied d’un arbre auguste.

    « Où suis-je ? », songea-t-elle.

    Elle tenta de se redresser et éprouva une vive douleur au bras. Avec crainte, elle le tâta de sa main. Il ne lui paraissait pas cassé. Tant mieux. Mais que lui était-il arrivé ? Était-elle tombée ?
    Elle ne se souvenait pas d’être venue ici… Elle se redressa, regardant autour d’elle. Qu’était-elle venue faire dans ce lieu ? Comment y était-elle arrivée ? Et pourquoi ?
    En fouillant un peu dans sa mémoire, les souvenirs lui revinrent petit à petit…

     

    Je me rappelle…

    J’entends quelqu’un marcher d’un pas léger non loin de là où je me situe. Je sais qui c’est, je ne me pose même pas la question. Ma sœur vient me trouver dans mon alcôve personnelle. Sûrement pour m’encourager une fois de plus. Je ne me trompe pas.

    ‒ Maelle, ne reste pas sur un échec, m’implore-t-elle face à ma détresse.

    ‒ Je n’y arriverai jamais ! protesté-je.

    Elle soupire. Je sais qu’elle perçoit mon découragement comme quelque chose d’anormal. Cela l’effraye que je perde peu à peu de ma volonté. Elle voudrait que je sois forte, aussi forte que se doit de l’être mon peuple, mais je n’y arrive pas.

    ‒ Il ne faut jamais dire jamais, me prévint-elle, un éternel sourire sur le visage.

    ‒ C’était mon sixième essai… et j’ai quand même échoué.

    Je ne peux m’empêcher d’être en colère. Au moins autant que je suis triste. Pourquoi n’y arrivé-je pas ?

    ‒ Qui ne tente rien n’a rien, me déclare-t-elle, comme un conseil, avant de me laisser, contrariée et déçue par mon attitude, je le devine sans peine.

    Mon peuple n’a pas pour habitude d’être pessimiste, je dois être l’exception qui confirme la règle.
    Tournant la tête vers mes ailes, je m’interroge. En serais-je un jour capable ? Je n’arrive plus à y croire… Mais ma sœur a raison, je ne peux pas abandonner. Ce serait perdre la face, faire honte à tous les miens. Et surtout, je ne veux pas lui faire de peine. Elle s’est toujours occupée de moi, n’a jamais cessé de m’encourager. Ne serait-ce que pour elle, je ne peux renoncer !

    Mue par une détermination aussi soudaine que bienvenue, je me lève et sors de notre arbre-mère. « Je peux le faire », tenté-je de me convaincre.

    Avec le peu d’assurance que j’ai retrouvé, je grimpe au tronc d’un feuillu. Encore heureux que je sois très douée pour l’escalade, il ne manquerait plus que je ne sois bonne à rien. J’atteins enfin la première branche. Je m’y installe et regarde l’horizon. Son immensité m’effraye, je me sens pitoyable. Il faut que je me reprenne, que j’y arrive. Je ne peux pas échouer, pas une fois de plus…
    Tâchant d’oublier mon appréhension, je me redresse et me mets debout. J’ai du mal à tenir en équilibre, mais je ne renonce pas. J’inspire profondément. Je peux le faire, je sais que j’en suis capable.

    Une fois que je me sens un minimum rassurée, je déploie les fines membranes se trouvant dans mon dos. Le vent me déstabilise mais par miracle, je parviens à rester sur ma branche. Je dois me lancer, il le faut.

    Dans un moment de courage, je plonge, battant frénétiquement des ailes. Immédiatement, la peur me tort le ventre, me déchire les entrailles. Je n’y arrive pas ! Je vais échouer !

    « Retrouver un équilibre, me sermonné-je, je dois retrouver un équilibre ». Je me débats contre un ennemi invisible, remuant furieusement mes ailes pour me redresser. Mais je n’y parviens pas ! Avec crainte, je vois le sol se rapprocher dangereusement.

    Je tombe…

     

    La jeune Maelle se mit à sangloter.

    « Je suis et resterais à jamais la seule fée incapable de voler ! », se désespéra-t-elle.

    Elle se sentait plus minable que jamais. Elle avait le sentiment de ne pas mériter son statut de fée, de n’être qu’une honte pour les siens. Elle se jugeait incapable et détestable.

    Tout à coup, alors qu’elle perdait toute confiance en elle, qu’elle s’apprêtait à rentrer dans l’arbre-mère pour ne plus jamais sortir de son alcôve, elle entendit comme un murmure s’élever derrière elle. Surprise, elle se retourna gracieusement et ses yeux trouvèrent la source du bruit léger.

    Il ne s’agissait que du vent qui venait caresser les feuilles de l’arbre duquel elle avait chu. La fée se délecta du son mélodieux que cela produisait dans ses oreilles fines.

    Passionnée par ce chant réconfortant, elle regarda plus intensément le majestueux chêne et sourit. Les feuilles frémissaient harmonieusement et ne demandaient qu’à se faire emporter, se laisser porter au loin par ces brises bienfaitrices. « Elles sont leur soutien, leur force », remarqua-t-elle.

    Alors, elle comprit ! Elle devait être comme les feuilles. Elle devait s’abandonner au vent et sentir ses ailes frémir à son doux contact. Pas le repousser ni tenter de le combattre comme elle l’avait fait.
    Reprenant courage et emplie d’un espoir nouveau, elle escalada de nouveau l’arbre, fière d’être l’être féerique la plus agile de son clan. Quand elle arriva à une hauteur qu’elle jugea parfaite, elle profita de la vue qui s’offrait à elle et sentit l’énergie de la nature la traverser tout entière. Elle la sentit plus que jamais !

    En bas, elle entendait les fleurs chanter leur mélodie printanière et les apercevait se balancer gaiement, accompagnées par les ondulations et les vagues des herbes folles. En haut, le ballet aérien des branches, des feuilles et des jeunes pousses semblaient ne jamais pouvoir prendre fin.

    Submergée par cette énergie bienfaitrice, Maelle ferma ses yeux de miel et se laissa porter par le zéphyr, s’éloignant de plus en plus. Elle éprouva un sentiment de bien-être et de liberté comme jamais elle n’en avait ressenti auparavant. Lorsqu’elle se décida à rouvrir les paupières, elle fut émerveillée par ce qu’elle vit. Comme le monde était beau vu de plus haut !

    Elle savait voler. Enfin !

    Après tout ce temps, elle découvrait cette agréable sensation. Enivrée de ce plaisir nouveau, elle tournoya dans les airs jusqu’à en être épuisée. Elle était libre et légère comme l’air.
    Elle était comme les feuilles !

     


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  • Commentaires

    1
    Neliia
    Mardi 2 Juin 2015 à 09:06

    Une très belle leçon de persévérance ! C'est vraiment trop chou ! Ca donne vraiment envie de devenir une fée et de pouvoir voler aussi !

    2
    Mardi 2 Juin 2015 à 11:40

    Neliia : Merci ^_^
    Normalement, je publierai d'autres histoires courtes avec des fées ;)

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