• Le réveil d'Élie

     

    Le réveil d'Élie
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
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    Illustration : © Lunastrelle

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    Sur son lit d’hôpital, Élie regardait distraitement la montagne par la fenêtre. Son heure était proche, elle le savait. Elle le sentait. C’était déjà miraculeux qu’elle ait tenu jusque-là : son cancer lui en avait fait voir de toutes les couleurs. Il lui en faisait encore voir de toutes les couleurs.

    Malgré tout, Élie souriait. Soixante-huit ans, c’était un âge tout à fait honorable pour mourir, ne cessait-elle de se répéter. Elle avait eu une vie remplie, bien que pas toujours de tout repos. Et même si elle le pouvait, elle n’y changerait rien. Absolument rien.

    Un oiseau passa devant sa fenêtre. Un moineau. Dès qu’elle le vit, la vieille femme repensa à sa fille. Elle se plaisait à se rappeler à quel point Hyser aimait regarder les oiseaux avec elle, allongée dans l’herbe de leur jardin. « Elle adorait les voir voler et s’imaginait sur leur dos », se souvint-elle avec bonheur.

    Mais cette époque était révolue, désormais. Cela faisait des années qu’Hyser n’avait plus admiré les oiseaux, ni même passé du temps en sa compagnie. À peine si elle venait la voir à l’hôpital. Une ou deux fois le mois, tout au plus. Et sans doute pour faire bonne figure.

    Élie ne parvenait pas à lui en vouloir. Sa fille était mariée désormais, elle devait gérer une famille, élever son petit garçon. Elle savait que malgré son absence à ses côtés, Hyser l’aimait, et c’était tout ce qui lui importait. Son seul regret était de ne pas pouvoir la revoir une dernière fois avant de mourir. Elle aurait voulu pouvoir lui dire à quel point elle la chérissait.

    Continuant de regarder le ciel à travers la fenêtre, Élie distingua un dragon dans la forme d’un nuage et un doux sourire vint orner ses lèvres.

    D’aussi loin qu’elle s’en souvenait, elle avait toujours adoré créer des histoires à partir des cumulus. Petite, ses camarades de classe l’imitaient, prenant plaisir à voir telle ou telle chose dans le ciel. Mais plus elle avait grandi, moins les autres s’étaient pris au jeu. Beaucoup s’étaient contentés de lui dire qu’elle avait de l’imagination. Trop peut-être, aux yeux de certains. Comme aux yeux de ses parents…

    La vieille femme n’était même plus capable d’estimer le nombre de fois où son père l’avait prié de redescendre sur terre, lui rappelant qu’elle se devait de rester dans le monde réel plutôt que de vivre dans ses rêves. Trop souvent, ces mots l’avaient attristée. Aujourd’hui, ils la faisaient sourire. Elle aurait tout donné pour les entendre à nouveau, pour que son père soit toujours là. Mais elle savait qu’elle ne tarderait plus à le rejoindre. Et cette pensée la réconfortait.

    Contrairement à beaucoup de gens, Élie ne craignait pas la mort. Elle avait décidé de l’attendre comme une amie. Une amie qui l’emmènerait loin de cette terre et lui ferait vivre l’aventure qu’elle avait espérée tout au long de sa vie.

    Non, vraiment, devoir bientôt quitter ce monde ne la chagrinait pas autant qu’elle l’aurait cru.

    Bien sûr, elle était triste de devoir laisser certaines personnes derrière elle, mais elle était également curieusement excitée à l’idée de découvrir autre chose. Même si elle n’en avait parlé à personne, elle ne s’était jamais vraiment sentie à sa place sur terre. Elle avait grandi et vieilli avec le sentiment qu’elle était différente, que ce monde n’était pas vraiment le sien. Peut-être était-ce parce qu’elle était trop fantasque, comme s’étaient souvent plu à lui dire ses parents.

    « Mais nous sommes tous pareils dans la mort », songea-t-elle. Et cette simple pensée suffisait à la rassurer, à la réconforter, quant au voyage qui l’attendait. Au fond d’elle-même, elle avait l’étrange sensation que grâce à la mort, elle allait pouvoir commencer une nouvelle vie.

    Sur ces quelques réflexions, Élie s’assoupit, sans savoir si elle se réveillerait une fois de plus ou non.

    Pourtant, ce fut bien le cas. Sentant ses paupières frémir tout doucement, elle ouvrit les yeux. Avait-elle dormi longtemps ?

    Tournant la tête vers la fenêtre, elle constata qu’il faisait nuit. Elle ne pouvait pas déterminer l’heure avec exactitude, car il faisait trop sombre pour qu’elle puisse distinguer l’horloge sur le mur. Elle ne voyait pas à plus d’un mètre d’elle.

    Un sentiment l’oppressa. Quelque chose n’allait pas. Mais quoi ? Elle ne parvenait pas à le définir.

    Toute à ses réflexions, la vieille femme se redressa et s’assit dans son lit. Ce fut là qu’elle remarqua ce qui clochait : elle n’éprouvait plus aucune douleur, se sentant bien plus légère qu’à l’accoutumée. Comment était-ce possible ?

    Puis, elle constata le silence. La nuit était calme, trop calme. Elle n’entendait même plus les « bip » caractéristiques de son électrocardiogramme. Intriguée, Élie tourna la tête. L’appareil était débranché ! « Comment ? », se demanda-t-elle. Elle ne comprenait pas. C’était impossible, totalement absurde. Si l’appareil n’était plus branché, elle ne pouvait plus être là, plus maintenant.

    Paniquée par cette découverte, elle chercha à se lever de son lit. Il fallait qu’elle appelle une infirmière, ce n’était pas normal. Il devait y avoir eu une erreur.

    Elle fut debout en un seul bond et s’en étonna. Où étaient passées ses courbatures ? D’ordinaire, elle perdait chaque fois cinq minutes à se redresser.

    Vraiment, quelque chose clochait…

    Sans qu’elle sache ce qui la poussait à agir ainsi, Élie se retourna vers sa couche et dut retenir un hurlement. Elle n’était pas vide, quelqu’un y dormait ! Et pas n’importe qui : elle-même.

    « Qu’est-ce qui m’arrive !? » s’affola-t-elle. Pour la première fois depuis longtemps, elle eut peur, vraiment peur. Elle ne s’expliquait pas ce qui lui arrivait. Comment pouvait-elle se tenir là, debout, et être allongée dans ce lit en même temps ? Elle n’arrivait pas à comprendre…

    Quand elle réussit à calmer les battements effrénés de son cœur, la vieille femme osa enfin s’approcher de son autre elle. Elle devait vérifier quelque chose.

    D’une main tremblante, elle vint toucher son double dans le cou. Elle n’y trouva aucun pouls. « Je suis morte… », comprit-elle.

    Curieusement, elle retrouva immédiatement son sang-froid. Elle maîtrisait à nouveau la situation et ça la rassurait. « Alors, c’est ça, la mort ? » se demanda-t-elle. Allait-elle rester ici ? Ou bien pouvait-elle circuler à sa guise ? La mort lui offrait-elle une deuxième chance pour accomplir toutes les choses, tous les voyages, qu’elle n’avait pas pu faire de son vivant ? « Vais-je croiser d’autres personnes comme moi ? », s’interrogea-t-elle. Elle n’aurait pas cru que décéder lui apporterait tant de questions. Elle avait le sentiment d’être à nouveau une petite fille, curieuse quant à tout ce qui allait lui arriver.

    Elle n’eut toutefois pas le loisir d’y réfléchir davantage, une pression sur son épaule la fit sursauter. Elle se retourna, mais ne vit personne.

    Étrange.

    Il est temps, murmura une voix. Voix qui la fit vibrer de tout son être. Jamais encore elle n’avait entendu quelque chose d’aussi doux, de si pur.

    « Un ange », ne put-elle que penser. Un ange venait l’emmener. Émerveillée et excitée à la fois, elle le chercha du regard, mais ne vit toujours rien. Où était-il ? Se cachait-il dans la pénombre de la pièce ou était-il invisible ? Que devait-elle faire ? Elle n’en avait pas la moindre idée.

    Il est temps de prendre le passage.

    La voix provenait de son dos, elle n’avait aucun doute là-dessus. Mais de quel passage lui parlait-elle ? Elle brûlait de le savoir, mais découvrir à quoi ressemblait son mystérieux interlocuteur lui tenait encore plus à cœur.

    Elle se retourna. Une fois de plus, elle n’aperçut pas un chat, mais à sa surprise, une porte se trouvait devant elle. Était-ce ça, le « passage » ?

    Étrangement, Élie aurait imaginé tout autre chose. Un long couloir blanc, ou une magnifique grille dorée. Mais il n’y avait qu’une porte face à elle. Une simple et banale porte en bois.

    Ça lui plut. La vieille femme avait toujours aimé la simplicité. Mais était-elle prête à partir pour autant ? Elle ne savait pas ce qui l’attendait de l’autre côté. Allait-elle arriver dans un endroit meilleur, ou pire que celui qu’elle avait connu jusqu’ici ?

    « Je n’ai qu’un seul moyen de le découvrir », songea-t-elle.

    Alors, avec une assurance non feinte, Élie s’approcha de la porte et tendit sa main vers la poignée. Encore un léger mouvement du poignet et elle pourrait l’ouvrir.

    Toutefois elle se stoppa. Un doute venait de la traverser. « Hyser s’en sortira-t-elle ? » Elle n’était pas certaine d’avoir envie de partir si elle pouvait demeurer auprès d’elle…

    Nous veillerons sur elle, souffla la voix dans un murmure.

    Et Élie sut qu’elle pouvait lui faire confiance. Si les anges prenaient soin de son enfant, elle n’avait aucune raison de rester. Rassurée, elle ouvrit la porte et, sans prendre la peine de d’abord jeter un œil à ce qui l’attendait, elle franchit le passage.

     

    Une sensation d’air frais contre sa peau lui fit ouvrir ses paupières. Elle se trouvait allongée sur l’herbe. « Où suis-je ? », se demanda-t-elle.

    Papillonnant des yeux, comme émergeant d’un profond sommeil, elle revint doucement à elle. Elle frissonna sous la caresse du vent et remarqua qu’elle était… nue ! Dans un réflexe instinctif, elle se cacha de ses bras et se recroquevilla sur elle-même.

    Que lui arrivait-il ?

    Osant regarder autour d’elle, Élie vit qu’elle était seule et s’apaisa. Personne ne pouvait la surprendre dans sa tenue d’Ève.

    Soulagée, elle se redressa. Elle ne ressentit aucune douleur et s’en étonna. Observant ses mains, elle ne put que sursauter. Elles n’avaient plus aucune ride !

    Intriguée, la femme se jugea longuement. Elle avait retrouvé le corps de ses vingt ans !

    Même si elle ne comprenait rien à ce qui lui arrivait, elle devait avouer que ce détail n’était pas pour lui déplaire. Un sourire sur le visage, elle virevolta. Ses mouvements étaient fluides et ne la gênaient absolument plus.

    « C’est merveilleux », pensa-t-elle, alors qu’une joie nouvelle s’emparait de son âme.

    Il lui fallut quelques minutes pour retrouver une clarté d’esprit propice à la situation. Aussi réjouissant soit le fait d’avoir recouvré sa jeunesse, elle ne devait pas oublier qu’elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait.

    « Je dois garder la tête froide », se sermonna-t-elle.

    Alors, elle prit le temps de regarder ce qui l’environnait. Son inspection fut rapide. Elle n’était entourée que par une seule chose : de l’herbe. L’étendue verte ne semblait pas avoir de fin.

    « Mais où suis-je ? », se demanda-t-elle une fois de plus. Il fallait qu’elle essaye de se rappeler des derniers événements. De quoi se souvenait-elle ? Elle se remémora avoir regardé les nuages par la fenêtre de sa chambre d’hôpital. Mais qu’avait-elle fait ensuite ? Elle n’arrivait pas à le dire…

    Soudain, ça lui revint : elle était morte.

    « Un ange m’a dit de prendre le passage ». La scène lui apparaissait clairement en tête. Et maintenant, elle était ici. Mais ce qu’était exactement cet « ici », elle n’en savait rien. Où le passage l’avait-il amenée ? La mort ressemblait-elle à une vaste prairie ? Elle ne pouvait pas croire qu’il n’y avait pas plus, quelque chose la poussait à chercher davantage. Et elle ne voyait qu’un seul moyen pour le découvrir. Il fallait qu’elle avance, qu’elle aille plus loin.

    S’armant de tout son courage, elle fit un pas. Puis un autre. Et encore un autre. Le soleil l’honora même de sa présence, déposant sur sa peau nacrée une agréable sensation de chaleur. Sensation qui la motiva à continuer sa progression. Elle allait en découvrir plus, elle le sentait, c’était une conviction qui faisait vibrer chaque partie de son être. Elle voulait en voir plus.

    Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’un arbre jaillit devant ses yeux ! Ce feuillu n’était pas là quelques secondes plus tôt, elle en était sûre et certaine !

    S’arrêtant sous le coup de la stupeur, elle le détailla. Comment et quand avait-il pu apparaître ? C’était insensé. Totalement inconcevable !

    « Cela n’a peut-être rien d’étonnant, ici, songea-t-elle au bout d’un instant. Je suis trop enfermée dans mes principes humains. Je dois libérer mon esprit si je veux comprendre comment fonctionne ce nouveau monde ».

    Partant dès lors du principe qu’un arbre pouvait surgir dans la seconde, elle se remit en marche. Bientôt, d’autres végétaux firent leur apparition, l’émerveillant toujours plus. Au fond de son cœur, une pensée la fit sourire : et si c’était elle qui créait tout ça à chacun de ses pas ? Si la mort consistait simplement à inventer son propre paradis ?

    Désireuse de vérifier cette théorie pour le moins saugrenue, Élie ne résista pas à la tentation et commença à courir.

    Depuis combien d’années n’avait-elle plus filé ainsi ? Bien trop de temps à son goût. Elle se sentait plus libre que jamais et aurait voulu que ce sentiment dure toujours. Mais au bout d’un moment, essoufflée par cette folle galopade, elle dut s’arrêter.

    Gardant malgré tout le sourire aux lèvres, elle se laissa tomber dans l’herbe, profitant du calme qui l’environnait. Cette reconnexion à la nature avait tout pour lui plaire.

    « Il ne manque que quelques nuages », pensa-t-elle en contemplant l’étendue bleue qui la surplombait.

    Une douce et légère odeur vint lui chatouiller les narines. Se redressant, elle aperçut une fleur à côté de sa tête. Fleur qu’elle n’avait pas vue en se couchant. Regardant mieux, elle remarqua que la plante n’était pas isolée. Des milliers de fleurs s’étalaient dorénavant sous ses yeux, comme si sa course les avait fait pousser.

    « Comme c’est beau », songea-t-elle.

    Soudain, un léger bruit la fit se retourner. N’était-elle donc pas seule ? Elle se souvint qu’elle était toujours nue. Qu’allait-elle faire ?

    Elle fut soulagée de voir qu’il ne s’agissait que d’un écureuil. Apprendre qu’il y avait aussi des animaux dans ce qu’elle appelait désormais « son paradis » la combla de joie. Si les humains savaient ça, beaucoup moins redouteraient la mort, ne pouvait-elle que penser.

    Bientôt, Élie remarqua des oiseaux, puis un lapin et même un cerf ! Cet endroit semblait regorger de vie.

    Entendant un léger bruit derrière elle, elle se retourna, prête à accueillir avec le sourire ce nouveau visiteur. Mais elle n’aperçut qu’un arbre. Plus imposant que les autres, il avait quelque chose de majestueux, quelque chose qui lui plut énormément.

    Elle s’approcha. Le bruit qu’elle avait perçu se fit plus intense. Venait-il de l’arbre ? Surprise, elle posa sa paume sur l’écorce. Celle-ci frémissait ! Élie n’en revenait pas.

    « Veut-il communiquer ? », se demanda-t-elle. Elle ne doutait pas que c’était possible : elle avait admis que les choses étaient différentes en ce lieu.

    ‒ Bonjour, murmura-t-elle.

    Elle n’avait tout simplement pas pu y résister. Elle avait su qu’elle devait le faire.

    Contre sa paume, le frémissement se fit plus intense. « Il m’entend ! », se réjouit-elle. Euphorique, elle chercha que dire d’autre lorsqu’un visage se révéla dans le tronc. Celui d’une femme. Étonnée, elle recula.

    Ça, elle ne s’y attendait vraiment pas.

    ‒ N’aie pas peur, lui murmura une voix chaude et bienveillante, alors qu’un corps émergeait lentement de l’arbre.

    La dame qui lui apparut était incroyablement belle. Plus belle que toutes les femmes qu’elle avait pu rencontrer de son vivant. Elle possédait une longue chevelure blonde qui cascadait derrière ses épaules ; comme animée de vie, deux yeux vert émeraude, un teint légèrement hâlé et un sourire très doux. Elle portait une robe très étrange, semblant faite de mousse et d’écorce, qui n’enlevait pourtant rien à sa beauté. Mais le plus incroyable résidait dans son dos. Deux fines membranes transparentes partaient de ses omoplates. Des ailes.

    « Une fée, s’émut Élie, je me tiens devant une fée. »

    La gracieuse inconnue la dévisagea mûrement, et malgré sa nudité, elle n’en fut pas gênée. Rien de malveillant ne pouvait venir de cette femme, elle le sentait.

    Lui souriant gentiment, la fée s’avança vers elle. Elle ne bougea pas, inexplicablement impatiente. Quand elle fut à sa hauteur, la créature ailée posa ses lèvres sur son front. Élie n’avait pas le souvenir d’avoir déjà ressenti tant d’amour.

    ‒ Bienvenue chez toi, lui murmura l’apparition.

    Lui prenant la main, elle l’entraîna à sa suite. Elle se laissa faire. Elle avait confiance en elle.

    Au fur et à mesure qu’elles avancèrent, Élie crut distinguer d’autres fées qui les observaient. Était-ce elle qu’on regardait ? « Qu’ai-je de si spécial ? », se demanda-t-elle.

    Bientôt, deux femmes vinrent vers elle, lui souriant non moins tendrement. Elles tenaient une robe dans leurs mains. Robe qui semblait faite d’eau. Elle ne parvenait à y croire.

    Intriguée, elle ne protesta pas quand les deux fées entreprirent de lui passer la tenue. Celle-ci était douce et agréable au toucher. Aussi légère que l’air, elle paraissait onduler sur son corps.

    ‒ Merci, souffla-t-elle, impressionnée.

    Lui caressant la joue, l’une des créatures ailées alla cueillir quelques perles de rosée et revint les lui mettre dans les cheveux. Elles brillaient comme de véritables diamants !

    ‒ Tu es fin prête, murmura la première fée à être venue à sa rencontre.

    L’entraînant toujours à sa suite, elle la conduisit au centre de cinq chênes et lui lâcha enfin la main.

    « Pourquoi m’a-t-elle amenée jusqu’ici ? » se demanda Élie.

    Lui souriant une fois de plus, la belle dame recula, se plaçant près des arbres. D’autres femmes ailées la rejoignirent, observant la jeune humaine avec douceur. Elle les regarda tour à tour, tournant sur elle-même. Cet endroit était merveilleux, peut-être même trop merveilleux pour elle. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle se retrouvait là, entourée par ces créatures de contes.

    Soudain, la brise se leva, comme pour annoncer un événement. Elle se retourna et eut le souffle coupé.

    Si elle avait trouvé la fée qui l’avait accompagnée très belle, ce n’était rien comparé à la beauté de la créature enchanteresse qui se tenait désormais devant elle.

    De taille élancée, elle avait un regard bleu profond qui semblait pouvoir sonder votre âme. Ce regard n’avait toutefois rien d’effrayant. Au contraire, Élie se sentait étrangement sereine et apaisée à son contact. Ses cheveux étaient aussi blancs que neige et ondulaient doucement autour de son visage. Ses traits étaient harmonieux et fins. Elle avait l’air très fragile, et pourtant, une aura puissante se dégageait d’elle. Les autres femmes s’inclinèrent d’ailleurs à sa vue. Il fallait dire que la nouvelle venue possédait des ailes deux fois plus grandes que les leurs.

    « Elle est leur reine », songea Élie en son for intérieur.

    Soudain, la fée s’avança vers elle, ne la quittant jamais des yeux. Elle fut incapable de bouger, tant son regard la fascinait. Qui était-elle exactement ? Et que lui voulait-elle ? Elle était impatiente de le découvrir.

    La mort lui offrait l’aventure la plus incroyable de sa vie, aussi étrange que cela puisse paraître.

    ‒ Te voilà enfin, lui dit la belle dame une fois qu’elle fut arrivée à sa hauteur.

    Cette voix ! Elle en était sûre, c’était celle qu’elle avait entendue dans sa chambre d’hôpital, juste avant de franchir le passage.

    C’était donc une fée qui lui avait parlé, et non un ange ! Émue, elle fut incapable de lui répondre et se contenta de sourire. L’être ailé ne lui en tint pas rigueur. Lui souriant en retour, elle fit un mouvement gracieux du poignet. Aussitôt, un collier apparut dans sa paume.

    En guise de pendentif, celui-ci avait une stupéfiante bulle vaporeuse. Bulle qui semblait animée de sa propre vie. Élie la regarda, fascinée. Qu’était-ce ? Qu’allait en faire celle qu’elle considérait comme la reine des fées ?

    Un reste de sourire ornant encore ses lèvres, celle-ci prit le bijou et le leva à hauteur de sa tête.

    ‒ C’est… pour moi ? s’étonna-t-elle.

    ‒ Ça a toujours été à toi, chuchota l’être féerique.

    Surprise par cette réponse, Élie ne dit plus rien et patienta. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle était convaincue que ce qui allait se produire était quelque chose de très important, voire de crucial pour elle. Et elle l’attendait avec impatience, ne pouvant pas détacher son regard des yeux de sa mystérieuse interlocutrice.

    D’un geste fluide, la belle dame lui passa le bijou autour du cou…

    Sa mémoire lui revint en même temps que ses ailes. Fée trop orgueilleuse, elle avait choisi de vivre une vie mortelle pour expier ses fautes.

    Mais maintenant, elle était enfin de retour, revenue parmi ses sœurs.

     

     

    Le réveil d'Élie

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Mai 2016 à 12:01
    ghaan écrivain indie

    c'est très beau! la plume, le thème tout!

    une superbe idée ^-^

    merci pour ce texte

      • Vendredi 20 Mai 2016 à 12:43

        Merci à toi pour ton gentil commentaire et ta lecture :)

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