• Retrouvailles

     

    Retrouvailles
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
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    Depuis presque une semaine, Gabriel déprimait. Il s’était disputé avec Anna et bien qu’il regrettait les mots qu’ils s’étaient échangés, il n’avait pas encore trouvé le courage de l’appeler.

    Chaque jour, comme une âme en peine, il consultait sa messagerie, en vain. Visiblement, elle non plus n’était pas près de faire le premier pas.

    Il avait l’horrible sentiment qu’Anna s’éloignait toujours un peu plus et s’enfonçait dans sa mélancolie, ne pouvant chasser les nuages sombres qui s’agglutinaient dans sa tête. Il essayait de le cacher à ses proches, peu désireux de les inquiéter, et se débrouillait plutôt bien à ce jeu-là ; son sourire de façade pouvait être très convaincant lorsqu’il le voulait.

    Pourtant, quelqu’un savait à quel point il était malheureux, l’ayant remarqué bien avant que sa tristesse prenne le pas sur sa colère première.

    Et aujourd’hui, las de son état, ce quelqu’un avait décidé d’agir…

     

    Lorsque Gabriel se leva ce dimanche matin, il fonça dans sa douche pour se réveiller entièrement et alla se préparer un bon petit déjeuner, prêt pour son footing quotidien.

    Se dirigeant vers un placard de sa cuisine, il en sortit une boîte de viandes pour chat. Il ne pouvait après tout pas partir sans avoir nourri son fidèle compagnon.

    ‒ Casse-noisettes, l’appela-t-il tout en remplissant sa gamelle.

    Aucun miaulement ne lui parvint et il s’en étonna. S’il y avait bien un moment où l’animal lui répondait toujours, c’était à l’heure de manger.

    ‒ Casse-noisettes, répéta-t-il en faisant tinter l’écuelle, sans plus de succès.

    Mais où était encore passé ce fainéant ?

    Soupirant, Gabriel le chercha dans son appartement du rez-de-chaussée et paniqua. Il ne le trouvait nulle part !

    ‒ Casse-noisettes ! hurla-t-il, de plus en plus affolé chaque seconde.

    Il n’allait pas perdre sa petite amie et son chat sur la même semaine, tout de même ?

    Alors qu’il s’apprêtait à partir à sa recherche dans l’immeuble, mal à l’aise à l’idée de devoir déranger ses voisins, un cri venant de l’extérieur le fit se retourner. Ça ne pouvait être que Casse-noisettes, il en était certain ! Il aurait reconnu ce son entre mille.

    Enfilant une veste à la hâte, il se précipita dans la rue.

    ‒ Casse-noisettes, l’appela-t-il à nouveau.

    Un miaulement plaintif lui répondit.

    ‒ Si quelqu’un t’a fait du mal, je le tue, marmonna-t-il dangereusement en prenant la direction du gémissement.

    Mais il eut beau fouiller chaque coin et recoin, il ne trouva trace de son chat nulle part. S’il n’y avait eu ce miaulement dolent qui semblait s’éloigner chaque fois plus de lui, il se serait laissé décourager.

    Continuant à suivre ces appels répétés, désireux de retrouver l’animal qui vivait avec lui depuis 8 ans déjà, Gabriel remarqua qu’il avait quitté son quartier depuis un instant et releva la tête. Il pâlit aussitôt. Quelle horrible coïncidence !

    De tous les endroits où ses recherches auraient pu le conduire, il fallait que ça soit tombé sur la rue d’Anna. Avec un sourire triste, il ne put s’empêcher de regarder en direction de sa maison. Comme elle lui manquait…

    Il ne lui en fallut pas plus pour se perdre dans ses souvenirs, oubliant même momentanément la raison de sa présence ici. Pourquoi s’était-il disputé avec elle déjà ?

    Un cri le ramena dans la réalité. Loin d’être celui de son chat, celui-ci venait de chez Anna !

    Gabriel ne réfléchit pas : il se rua chez elle et tambourina contre la porte.

    ‒ Anna ! l’interpella-t-il. Anna, tout va bien ?

    La porte s’ouvrit sur une jeune femme aux cheveux noirs mi longs et au regard perçant. Vêtue d’une robe de nuit et d’un peignoir de chambre, elle semblait très surprise de le voir.

    ‒ Gab’ ? souffla-t-elle comme si elle n’osait y croire.

    ‒ Je… bafouilla-t-il. Je t’ai entendue crier…

    Il remercia le Ciel qu’elle ne pense pas à l’interroger sur sa présence dans sa rue.

    ‒ Oh ! comprit-elle. Ce n’est rien… Juste cette sale bête qui a pénétré chez moi je ne sais pas comment et qui a renversé…

    ‒ Une sale bête ? répéta-t-il.

    ‒ Oui. Comme je viens de te le dire, elle est entrée et…

    Anna s’interrompit, le regardant droit dans les yeux. Il déglutit, ne s’expliquant pas ce brusque changement d’attitude.

    Enfin, la jeune femme prit la parole :

    ‒ Si tu ne m’avais pas entendue crier… jamais tu ne serais venu ici, n’est-ce pas ?

    Il ne sut déterminer si elle était plus en colère que triste ou l’inverse. Il se mordit la joue, incertain quant à la conduite a adopté. Il ne pouvait pas lui avouer qu’elle avait raison…

    La meilleure défense restait l’attaque !

    ‒ Tu ne m’as jamais rappelé…

    La réponse se fit immédiate, foudroyante :

    ‒ Toi non plus.

    Le sujet de leur dispute lui revint en mémoire.

    ‒ Je t’avais dit que tu étais incroyablement têtue ! Et toi qui refusais de me croire. En voilà pourtant la preuve !

    ‒ Je maintiens que tu l’es bien plus que moi !

    Soudain, alors qu’il s’apprêtait à répliquer, les lèvres de Gabriel se rehaussèrent en un sourire.

    ‒ Tu te moques de moi ? s’outra Anna.

    ‒ De nous, la détrompa-t-il d’un ton plus doux. Tu ne nous trouves pas ridicules ?

    La jeune femme se détendit d’emblée, soulagée que leur dispute ne se prolonge pas. À son tour, elle sourit, apaisée.

    ‒ Nous sommes un joli couple d’abrutis, n’est-ce pas ? rit-elle.

    Comme pour lui prouver qu’elle avait raison, Gabriel ouvrit ses bras, l’accueillant contre son torse. Appuyant son menton sur sa tête, il sourit encore plus.

    Les nuages s’éloignaient enfin…

     

    À quelques pas de là, assis dans le canapé du salon d’Anna, Casse-noisettes s’étira de tout son long et se coucha. Après tout ce beau boulot, il avait bien mérité une petite sieste

     

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    Création réalisée lors de la Matinale en Cavale Hiver 2015, Short Edition.

     


  • Commentaires

    1
    Neliia
    Mardi 27 Octobre 2015 à 09:20

    J'adore ce chat et encore plus son nom. C'était une ptite histoire toute mignonnette ! :D J'espère  que tu en aies contente toi qui est un peu une maniaque des corrections :P

      • Mardi 27 Octobre 2015 à 14:03

        Merci <3
        Tu commences à bien me connaître, je vois :P
        Je dois dire que je suis assez contente de cette histoire, parce que même si elle n'est pas parfaite, elle respecte les contraintes imposées par la Matinale en Cavale :)

    2
    Neliia
    Mardi 27 Octobre 2015 à 14:43

    Moi ? alors là paaaas du tout :P

    Oui c'est clair et pour une fois ça te fait du bien et te permet de faire de nouvelles expériences avec ces contraintes c'est sympa :D

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